Je vois beaucoup de troncs couverts de lierre, à Lisieux comme dans le Pays d'Auge. Certains propriétaires s'inquiètent sans raison. D'autres ignorent un vrai risque caché sous ce feuillage. Je vous explique comment je fais la différence sur le terrain.
Le lierre ne tue pas l'arbre comme on le croit
Beaucoup de gens pensent que le lierre étrangle le tronc, comme une liane qui serre peu à peu. Ce n'est pas vraiment ça. Le lierre grimpe, il ne comprime pas l'écorce. Il s'accroche avec des racines-crampons, qui lui servent à tenir, pas à se nourrir du bois de l'arbre.
Le vrai problème se joue ailleurs. Il se cache en hauteur, dans le houppier, et sous le feuillage dense qui recouvre le tronc.
Ce que le feuillage cache sur le tronc
Un tronc couvert de lierre, je ne peux plus le lire. Une fissure, une ancienne plaie de taille, un champignon au pied, tout disparaît sous les feuilles.
Chez un arbre âgé, ce masque peut dissimuler une vraie faiblesse. Je ne la découvre souvent qu'en dégageant une bande à la base, à hauteur d'homme, pour voir l'écorce à nu.
Le poids et la prise au vent
Un lierre bien installé, avec plusieurs rangs de tiges entremêlées, pèse lourd. Sur un sujet déjà fragilisé, ce poids ajoute une charge constante sur les branches hautes.
Le feuillage reste vert toute l'année. En hiver, quand l'arbre est nu, le lierre garde une prise au vent complète. Les rafales travaillent alors sur une silhouette pleine, pas sur un squelette dégagé.
La concurrence qu'on ne voit pas
Le lierre pousse vite, et ses feuilles finissent par concurrencer le houppier pour la lumière. Un arbre déjà affaibli perd de la vigueur sans que le propriétaire comprenne pourquoi.
Au pied, les racines du lierre puisent aussi leur part d'eau et de nutriments. Sur un sol sec du Pays d'Auge en plein été, cette concurrence finit par compter.
Comment j'interviens sans abîmer l'écorce
Je ne tire jamais sur les tiges accrochées au tronc. Arracher le lierre risque d'emporter l'écorce avec lui, et donc d'ouvrir une vraie blessure sur le bois.
Je coupe les tiges à la base, en formant un anneau dégagé tout autour du tronc. Le lierre au-dessus sèche sur place, puis se détache de lui-même, au fil des mois.
Le bon moment pour agir
J'interviens plutôt en dehors de la période de nidification, pour ne pas déranger les oiseaux qui s'installent souvent dans ce feuillage dense.
Un diagnostic avant l'hiver permet aussi d'anticiper, avant que le poids de la neige ou le passage d'une tempête ne s'ajoutent à la charge déjà présente sur l'arbre.
Un avis sur place vaut mieux qu'une inquiétude
Chaque tronc est un cas particulier. Un lierre ancien, bien installé sur un arbre sain, n'est pas forcément un danger. Un autre, sur un sujet déjà fatigué, mérite qu'on regarde de plus près. Si vous avez un doute sur un arbre de votre jardin, demandez-moi un avis. Je passe, je regarde le tronc de près, et je vous dis ce qu'il en est.
